Bilan manifestation 8 novembre


Il est 6 h 30, lorsque le réveil retentit. C’est le grand jour ! Je sors de ma couette et je regarde machinalement par la fenêtre le temps qu’il fait. Aujourd’hui ça va piquer un peu pour les soignants. Il a l’air de faire un froid de canard et commence à pleuvoir. Je me dis en moi-même « les gens vont jamais se bouger avec un temps pareil… ». Heureusement la suite de la journée va me prouver le contraire !

J’avale mon café en scrutant les chaînes d’info, espérant que certains médias télévisuels vont relayer l’information de la grande manifestation des Personnels Hospitaliers.

Entre deux tartines je m’arrête sur BMFTV et le journaliste présentateur parle enfin de notre manifestation nationale, du ras le bol des soignants, de notre détresse ! Enfin on parle de nous, de nos cadences infernales, du manque chronique de personnels, de ce manque cruel de reconnaissance de notre gouvernement.

Nous, qui faisons partie de cette France qui se lève tôt, à qui l’on demande toujours plus avec toujours moins d’effectifs et en gagnant encore moins que la veille pour le travail que l’on fournit.

Tous ces jours où l’on ne rentrera pas à l’heure, où l’on nous demandera d’aller remplacer sur notre seul jour de repos, où l’on sait pertinemment que les heures supplémentaires ne seront jamais récupérés, tout cela on le fait car on aime nos fichus professions de soignants !

Nous sommes fatigués, usés, maltraités par la hiérarchie, par ce gouvernement mais nous sommes toujours là pour prendre soins des patients, des familles. On ne dit rien, on encaisse, on est des durs à cuire !

Puis la minute de silence, à la radio, à la télévision, le drame, l’impensable, l’inacceptable. Un mari nous délivre le courrier de son épouse qui s’est donné la mort, le stress de son quotidien professionnel, ses peurs de l’erreur, une hiérarchie déconnectée qui ne l’a malheureusement pas écoutée, comprise, soutenue jusqu’à ce moment où elle a voulu en finir avec ce cauchemar… La douche froide, alors c’est ainsi ? Soigner ou périr ?

Mes pensées se perdent dans les volutes vaporeuses d’une douche brûlante qui doit me préparer à affronter le froid et à battre le pavé avec mes collègues ! Je suis tellement impatient de voir tous ceux qui auront répondu à l’appel du 8 novembre 2016, et de pouvoir crier notre mal être ! Cela fait 26 ans que les soignants ne sont pas descendus dans la rue. On ne nous donne jamais la parole ? Cette fois on va la prendre !

Je rejoins mes camarades Force Ouvrière au siège FO HUS, on reparle des bribes d’infos que l’on a vu ce matin, du temps, les visages sont crispés à la vue de ce ciel peu clément mais dans notre regard transparait la détermination.

Rendez-vous place Kléber ! On attend fébrilement avec les camarades l’arrivée des manifestants qui arrivent  par petits groupes puis la foule se fait de plus en plus dense.

On peut apercevoir les IADE et les IBODE avec leurs chauffeuses bleues, les tenues blanches des IDE, AS, Kiné, agents administratifs, ça commence à prendre de la gueule ! Il y a des banderoles et des tenues ornées d’inscriptions  « AS en colère ! », « Infirmières en grève », « Soignes et tais toi! ». Les bannières des syndicats Fo, CGT, SUD flottent dans l’air. Tous réunis, que ce soit le Personnel Hospitalier Publique, privé, les Professions Libérales.

On trépigne…

Certains se lancent à l’assaut des voies de tram…  tant pis si le citoyen lambda râle un peu après tout on se bat aussi pour eux ! pour que survive notre système de santé avec la qualité que nous avons depuis des décennies… Les sifflets retentissent, on est parti !

 

manif 8 novmebre

C’est ainsi que nous sommes 1 milliers de Personnels de la Santé, d’origines variées, de CHU, CH, EPHAD, libéraux, pour une marche vers l’Agence Régionale de Santé.

Tout au long de la manifestation, nous sommes rejoint par d’autres soignants qui avaient quittés leur poste du matin, des libéraux venus sur leur tournées… ça fait du bien d’être,  de se sentir unis dans un même combat, solidaires les uns des autres car nous sommes dans la même galère !

La chaleur humaine a pris le pas sur l’air glacial. Je retrouve alors cet esprit de corps, d’équipe que je connais dans les services quand chacun se serre les coudes. Je suis fier,  j’ai l’impression d’être un combattant de la vie en marche vers l’ARS !

manifestation 8 novembre

Par endroit, le cortège s’arrête, laissant la parole aux acteurs de cette manifestation.

Divers Personnels Soignants publiques, privés, libéraux, techniciens, tous ont exprimé leur mécontentement, leur sentiment de n’être pas reconnu à leur juste valeur, leur espoir pour le futur, l’envie de se battre pour sauvegarder ce formidable système de santé unique au monde et leur amour du métier !

manif novembre2016C’est devant l’ARS que se termine notre marche. C’est dans un dernier coup d’éclat en forçant le portail et en entrant dans l’ARS que nous avons la sensation d’être entendu ! Nous avons été au bout de notre démarche, que ces gens qui sont loin de nos services, de nos patients, de notre quotidien de soignants nous entendent.

Une délégation de 16 personnes est reçue par un Directeur de l’ARS et chacun peut exprimer son vécu, ses revendications pendant un peu plus d’heure. Une prise de conscience de notre gouvernement, du ministère de la santé, de la gravité de cette situation qui ne peut plus durer avec ses valeurs économiques,  de chiffres, de mesures budgétaires qui vont à l’encontre des valeurs humaines et de dignités que nous soignants nous défendons ardemment.

On ne peut plus accepter que des gens meurent pour leurs professions ! On ne peut accepter cette loi dite de modernisation de notre système de santé qui ne fait que détruire les services de soins de proximité, supprimer des postes de soignants et créer une médecine à deux vitesses, renvoyant le système des siècles en arrière.

Ce Directeur n’a semble-t-il pas apprécié à sa juste valeur l’ampleur du désarroi des personnels soignants, d’une profession en souffrance, et conscience qu’il y a eu en seulement 6 mois officiellement  5 suicides de soignants en France.

Il a bien pris note de toutes nos revendications et du mal-être vis à vis de nos conditions de travail dans l’exercice de nos professions. C’est par cette action que nous pouvons espérer une remontée de cette situation dramatique vers notre gouvernement.

Cette journée de grève et de manifestation constitue une première étape pour contrer le démantèlement de notre système de santé, bloquer les GHT et les suppressions de postes.

Nous ne lâchons rien !

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