Urgences CHU – FO HUS organise une conférence de presse


Ce lundi 12 octobre 2020, FO HUS a organisé une conférence de presse suite à un droit d’alerte déposé pour les urgences du CHU de Strasbourg.

Cette conférence s’est tenue en présence de Mme Martine Wonner, Député du Bas Rhin, Membre de la Commission des affaires sociales, de Christian Prud’homme, secrétaire général FO HUS, de Mr Harscoat, médecin urgentiste, Mme Sylvie Speisser IADE au SAMU et Alexis Lienhardt Infirmier du pool des urgences.

Le but de cette conférence était d’ouvrir le débat sur la situation des urgences en pleine crise sanitaire et juste avant l’entrée de l’hiver où l’on sait qu’il y aura une recrudescence des pathologies hivernales avec un afflux important de patient. Elle pose aussi la question du manque de lits d’aval, problème de fond qui provoque les situations d’engorgement des urgences et l’épuisement des équipes médicales et paramédicales qui doivent assurer leurs soins dans des zones saturés de patients parfois dans des situations où le pronostic vital d’un patient peut être engagé.

Cette conférence ne fait pas que pointer le doigt sur ce service mais rappelle que c’est l’ensemble des professionnels des HUS qui sont au bord de la rupture, que l’épuisement professionnel de ces agents qui ont connu la première vague du COVID, ne pourront pas en assurer une seconde dans l’état actuel des choses. Un malaise profond qui dure aux HUS,  touchant tous les personnels.

Christian Prud’homme  a rappelé que les agents tiennent le coup grâce à leur professionnalisme et à l’esprit d’équipe et d’entre aide. Il fait un rapprochement avec les combattants de la première guerre mondiale, qui, dans les tranchées ne se battaient pas pour des généraux qui étaient au chaud derrière les lignes mais pour leurs camarades à côté d’eux.

Il a  également parlé de l’audit externe Technologia, qui a été commandé par FO HUS , suite au suicide d’un infirmier du pool des urgences et que l’on ne peut pas exclure la relation avec les conditions de travail dans son geste de désespoir.

Cet audit réalisé sur le recueil de données établies à partir d’un questionnaire envoyé aux agents a permis dans un premier temps, d’isoler des causes par ordre de croissance qui traduisent le ressenti des agents en regard de leurs conditions de travail. Les 3 premières causes mises en avant sont la charge de travail exponentielle, le manque de reconnaissance et le sentiment d’être abandonné de la hiérarchie.

Cette audit doit être conforté dans un second temps par des entretiens qui permettront d’affiner les résultats du questionnaire afin d’émettre une conclusion et surtout dégager des axes d’amélioration des conditions de travail.

Christian Prud’homme a expliqué que la situation des urgences n’est malheureusement pas nouvelle et est connue de la Direction des HUS mais également de l’ARS. Il fait ressortir sa crainte qu’une seconde vague pourrait être extrêmement difficile à gérer car les agents sont épuisés. Il a énoncé aussi le nombre des 150 lits fermés faute de personnels  et que l’on assiste à une véritable fuite de compétences car de plus en plus de professionnels quittent notre établissement.

 

Mme Wonner a corroboré les propos de Christian Prud’homme et a rappelé ses prises de positions auprès du Ministère, allant dans le sens du constat général d’une situation moribonde et que l’on ne peut pas rester à regarder l’hôpital public sombrer.

Mme la député a assuré son engagement et sa foi en la Fonction Publique Hospitalière et continue à défendre les valeurs qui y sont rattachées. Elle a rappelé que l’accès aux soins doit être garantie pour tous et s’est engagée à faire un rapport rapidement de la situation de Strasbourg en haut lieu. Nous rappelons que Mme Wonner est également Médecin Psychiatre et avait commencé comme interne à l’hôpital public puis médecin-conseil chargé de mission auprès des Agences Régionales d’Hospitalisation (ARH) de Lorraine et d’Alsace (ex ARS).

Des professionnels des urgences et du SAMU ont conforté les faits, de par leur expérience du terrain, ils ont dénoncé le manque crucial de lits et de soignants pour armer les lits. Le docteur Harscoat a précisé qu’il faudrait  en moyenne 50 lits par jour et cela c’est un minimum.  Que se passerait-il si on arrivait dans le cas de figure d’une seconde vague aussi importante qu’en mars ?
Pour les personnels présents, c’est sûr, beaucoup ne pourront plus répondre présents, exténués et cassés de la première vague ! Sylvie a témoigné du risque que les professionnels ont pris avec des stocks d’équipements en pénurie, des masques, surblouses et autres, qui ont exposé les soignants.

600 agents des HUS ont été contaminés et des milliers sur le territoire, raison pour laquelle a précisé Christian Prud’homme, Force Ouvrière a porté plainte contre X le 2 avril 2020 pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. La justice a reconnu le bien fondé de l’initiative.

L’IADE a poursuivi avec un témoignage touchant de son propre cas et de sa contamination par le COVID, des séquelles qu’elle a encore et qui ont un impact dans sa vie professionnelle et privée. Puis elle a parlé du décret visant à reconnaître la COVID en maladie professionnelle et le coup de massue qu’elle a ressenti quand elle a su que ce décret était tellement restrictif que la plupart des soignants ne se verraient probablement pas reconnaître leurs pathologies et les séquelles induites par le COVID.

La Direction a assuré qu’une commission spéciale va statuer sur les dossiers pour la reconnaissance en maladie professionnelle de ces agents qui ne rentrent pas dans les critères du décret mais nous n’avons pas d’autres information pour le moment.

Force Ouvrière ne compte pas en rester là et dénonce fermement ce décret qui est un véritable pied de nez méprisant pour des personnels qui n’ont pas hésité, eux, à risquer leur vie ainsi que celle de leurs proches.

Mme Wonner, s’est dite consternée par ce décret et a affirmé qu’il faudra absolument mettre rapidement en place un ségur 2 et enfin reconnaître le travail des hospitaliers.